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Réorganiser la DSI : l'activité favorite des organisations qui ne savent pas quoi changer d'autre

#humeurdujour

Réorganiser la DSI : l'activité favorite des organisations qui ne savent pas quoi changer d'autre

Le grand carousel des organigrammes IT : pourquoi on réorganise en boucle, pourquoi rien ne change vraiment, et comment sortir de ce cycle. 

 

Il existe dans la vie de toute DSI un moment particulier, reconnaissable entre tous, qui revient avec une régularité que les plus anciens de l’équipe savent anticiper à quelques mois près. 

 Un nouveau DSI arrive — ou le DSI en place revient d’un séminaire de direction, ou un cabinet de conseil  livre ses conclusions, ou simplement l’organisation a décidé qu’il était temps de passer à autre chose. Et soudain, des réunions s’organisent. Des groupes de travail se forment. Des slides circulent avec des boîtes, des flèches et des tirets. Des noms changent de place dans l’organigramme. 

 

La réorganisation est annoncée. La transformation commence. 

Six mois plus tard, les mêmes problèmes existent. Avec un organigramme différent. 

 

Le réflexe organigramme : quand on ne sait pas quoi changer, on change les cases 

Réorganiser une DSI est devenu, dans beaucoup d’organisations, la réponse par défaut à des problèmes qui n’ont rien à voir avec la structure. Les délais de livraison sont trop longs ? On réorganise. La relation avec les métiers est tendue ? On réorganise. La DSI n’est pas assez agile ? On réorganise. Les coûts dérapent ? On réorganise. 

 

Cette équation — problème complexe égale réorganisation — est séduisante pour une raison simple : une réorganisation donne l’impression d’agir sans exiger de remettre en question les vraies causes du problème. Elle produit des livrables visibles (le nouvel organigramme, les nouvelles fiches de poste, les nouvelles lignes hiérarchiques) qui ressemblent à de l’action sans en avoir les effets. 

 C’est de l’activité intense pour un changement réel minimal. Et c’est précisément pour ça que c’est si populaire. 

 

Anatomie d’une réorganisation DSI typique — en cinq actes 

Acte 1 : le diagnostic. 

Un cabinet de conseil, un nouveau DSI ou un groupe de travail interne produit une analyse des dysfonctionnements de l’organisation. Les conclusions sont généralement vraies —  les problèmes identifiés existent réellement. C’est la suite qui pose problème. 

 

Acte 2 : la solution structurelle. 

La réponse aux problèmes identifiés prend quasi systématiquement la forme d’un nouvel organigramme. On regroupe ce qui était séparé, on sépare ce qui était regroupé. On crée une nouvelle entité (un Centre d’Excellence, une Squad Transverse, un Pôle Innovation). On supprime un niveau hiérarchique ou on en ajoute un. Les cases changent de taille et de position. 

 

Acte 3 : la communication. 

La réorganisation est présentée comme une transformation. Le vocabulaire est ambitieux — agilité, centricité client, time-to-market, rupture. Des réunions all-hands sont organisées.  Les collaborateurs posent des questions. Les réponses sont rassurantes et vagues. 

 

Acte 4 : la période de flottement. 

Pendant six à douze mois, l’organisation absorbe le choc de  la réorganisation. Les équipes reconstituent leurs repères informels. Les gens apprennent qui décide quoi dans la nouvelle structure. Les processus sont réécrits — ou pas. La productivité baisse, puis remonte. 

Acte 5 : le retour à la case départ. 

Les problèmes initiaux n’ont pas disparu. Ils ont parfois changé de forme, parfois migré vers un autre endroit de l’organigramme. Mais ils sont là. Et dans dix-huit mois, la prochaine réorganisation commencera. 

Ce que la réorganisation ne change jamais — et que personne ne dit à voix haute 

La structure d’une organisation est la conséquence de sa culture, de ses processus et de ses dynamiques de pouvoir. Elle n’en est pas la cause. Changer la structure sans changer le reste, c’est redécorer un appartement dont la plomberie est à refaire. Ça a l’air mieux — jusqu’à ce que les canalisations lâchent. 

 

La culture de la relation DSI-métiers 

Si les métiers perçoivent la DSI comme un prestataire lent et bureaucratique, changer le nom du département et redistribuer les lignes hiérarchiques ne changera pas cette perception. Ce qui la change, c’est des années de comportements différents, de livraisons tenues, de partenariats construits. Pas un organigramme. 

 

Les processus réels de prise de décision 

Dans toute organisation, il existe deux systèmes de gouvernance : celui qui est dans les slides, et celui qui fonctionne vraiment. Le second est fait de relations informelles, de personnes-clés dont l’accord est  indispensable même si elles n’apparaissent pas dans la chaîne hiérarchique officielle, et d’habitudes de travail qui survivent à n’importe quel organigramme. Une réorganisation touche le premier. Elle ne touche presque jamais le second. 

 

La qualité du leadership intermédiaire 

Les réorganisations déplacent les cases mais rarement les personnes. Un manager qui ne sait pas développer son équipe, qui ne sait pas prioriser, qui n’a pas la confiance de ses collaborateurs — ce manager existe dans la nouvelle organisation exactement comme dans l’ancienne. Avec un nouveau titre, parfois. 

 

La dette de compétences 

Si les équipes manquent des compétences nécessaires pour livrer ce qu’on attend d’elles, la réorganisation ne les crée pas. Elle peut, au mieux, regrouper les compétences existantes différemment. Elle ne les amplifie pas. 

 

Pourquoi on réorganise quand même — les vraies raisons 

Si les réorganisations ne résolvent pas les problèmes, pourquoi les organisations continuent-elles à en faire ? Parce qu’elles servent d’autres fonctions, rarement explicitées. 

 

La réorganisation comme signal politique 

Un nouveau DSI qui arrive sans réorganiser envoie un message ambigu — il valide implicitement ce qui existait avant lui. Réorganiser, c’est affirmer son autorité, marquer son territoire, et montrer qu’on est bien là pour changer les choses. Peu importe que le changement soit substantiel. 

 

La réorganisation comme gestion des personnes sans l’affronter 

Quand une organisation veut se séparer d’un manager sans affronter directement la conversation, la réorganisation est l’outil parfait. On supprime son poste, on crée un nouveau rôle qui ne lui correspond pas, on attend qu’il parte. C’est plus confortable qu’un feedback direct — et beaucoup plus coûteux pour l’organisation. 

 

La réorganisation comme réponse aux parties prenantes 

Quand le CODIR ou le Conseil d’Administration exprime son mécontentement par rapport à la performance de la DSI, le DSI doit montrer qu’il agit. Une réorganisation est visible, tangible, et rassurante pour des interlocuteurs qui ne comprennent pas toujours les vrais leviers de performance d’une organisation IT. Elle achète du temps. 

 La réorganisation comme thérapie collective 

Paradoxalement, les réorganisations peuvent créer un sentiment temporaire de renouveau dans les équipes. La période d’incertitude qui précède l’annonce, le soulagement qui suit, l’énergie des premiers mois dans la nouvelle structure — tout cela ressemble à un nouveau départ. Jusqu’à ce que la réalité reprenne ses droits. 

 Les signes que votre organisation est dans ce cycle 

Votre DSI a connu plus de deux réorganisations significatives en cinq ans, sans que les indicateurs de performance aient significativement changé. Les mêmes problèmes réapparaissent dans les bilans de projet, habillés de nouveaux termes. Les personnes-clés dont tout le monde sait qu’elles bloquent l’organisation sont toujours là, dans la nouvelle structure comme dans l’ancienne. Le prochain cabinet de conseil qui arrive produit un diagnostic qui ressemble étrangement au précédent. Et les collaborateurs les plus anciens ont un sourire légèrement las quand on annonce une nouvelle transformation. 

 

Ce qui change vraiment — et comment le distinguer du bruit 

Il existe des réorganisations qui produisent des changements réels. Elles ont en commun plusieurs caractéristiques qu’on ne retrouve pas dans les réorganisations cosmétiques. 

 

Elles partent d’un diagnostic de processus, pas de structure 

Avant de changer les cases, elles identifient précisément où et pourquoi les processus actuels produisent des résultats insuffisants. La nouvelle structure découle de la réponse à ces questions — elle ne les précède pas. 

 

Elles s’accompagnent de changements de personnes quand c’est nécessaire 

Les réorganisations qui ne changent pas les personnes en place quand ces personnes sont une cause identifiée des problèmes ne changeront pas les résultats. C’est la conversation la plus difficile — et souvent la plus nécessaire. 

 Elles définissent le succès avant de commencer 

Une réorganisation sans indicateurs de succès clairs et mesurables est une réorganisation sans responsabilité. Dans dix-huit mois, comment saurez-vous si elle a fonctionné ? Si la réponse est floue, c’est un mauvais signe. 

 

Elles s’accompagnent d’un investissement dans les compétences 

Changer l’organigramme sans investir dans le développement des compétences qui manquent, c’est réarranger des joueurs sur un terrain sans les entraîner. La nouvelle structure a besoin de nouvelles capacités pour fonctionner différemment. 

 

Le vrai levier : le leadership, pas la structure 

La question qu’on ne pose jamais assez est celle-ci : si la structure n’est pas le problème, qu’est-ce qui l’est vraiment ? 

 

La réponse, dans la grande majorité des cas, est le leadership. La qualité du DSI et de son équipe de direction directe.  La capacité à définir une direction claire et à la tenir dans le temps. La capacité à gérer les conflits avec les métiers plutôt que de les éviter. La capacité à développer les équipes, à recruter les profils qui manquent, à se séparer de ceux qui bloquent. La capacité à parler vrai au CODIR plutôt que de produire des slides rassurantes. 

 Ces capacités ne se créent pas par réorganisation. Elles se construisent par du recrutement rigoureux, du développement managérial patient,  et une culture de la performance qui n’a rien à voir avec la couleur des cases dans l’organigramme. 

 

La vraie question avant toute réorganisation n’est donc pas comment réorganiser ? C’est est-ce qu’on a le bon leadership pour piloter ce qui doit vraiment changer ? 

 

Ce qu’il faut retenir 

Réorganiser une DSI n’est pas une erreur en soi. C’est une erreur quand c’est la réponse par défaut à des problèmes qui appellent d’autres réponses. Et c’est une erreur particulièrement coûteuse — en énergie, en temps, en capital humain gaspillé dans des transitions qui auraient pu être évitées. 

 

Les organisations qui font évoluer vraiment leur DSI ne le font  pas en changeant les cases. Elles le font en changeant les comportements, les processus, les compétences — et quand c’est nécessaire, les personnes. La structure suit. Elle ne précède jamais. 

 

Chez Kalyptus, nous accompagnons régulièrement des organisations dans le recrutement des DSI et des leaders IT capables de piloter ce type de changement réel —  des profils qui savent distinguer la réorganisation cosmétique de la transformation substantielle, et qui ont l’expérience et le courage politique pour conduire la seconde. C’est précisément ce profil rare que les réorganisations en boucle révèlent — par leur absence. 

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